« La poésie est une arme avant d’être un pansement ». Nin’wlou ne la récite pas. Il l’incarne. Écrivain, poète et slameur ivoirien, dont la voix habite les mots autant que les mots l’habitent. Président de l’École des Poètes, ce maître du verbe œuvre à façonner la relève, à transmettre le feu sacré de la poésie aux générations montantes. Ce vendredi 21 mars, Journée mondiale de la poésie, il fait partie de ces voix qui rappellent que l’art du langage est plus qu’une simple esthétique : c’est une force, un cri, une lumière.
Dix ans de scène, des rimes lancées comme des éclats de vérité, et des récompenses qui honorent son engagement : deux fois lauréat du Primud (2022-2023), couronné Meilleur Slameur de la CEDEAO en 2024, il incarne cette nouvelle vague d’artistes qui réinventent la parole.
Pour Nin’wlou, la poésie n’a jamais été un choix, mais une révélation.
« J’ai cherché un moyen de m’exprimer, et la poésie s’est imposée comme la voix la plus juste », dit-il.
Depuis, elle est devenue une seconde peau. Elle le traverse, l’élève, l’accompagne à chaque souffle.
Nin’wlou n’écrit pas, il respire la poésie. Elle jaillit de son quotidien, des drames vécus, des amours contrariés, de la pluie qui frappe le sol, du vent qui danse entre les feuilles, du soleil qui caresse la ville.
« On s’inspire de ce qui nous entoure ».
Et c’est ainsi que son art a trouvé une nouvelle dimension.
La poésie a toujours eu vocation à être entendue. Depuis l’aube du monde, elle se chante, se murmure, se scande.
Pour Nin’wlou, le slam est l’écrin parfait de cette parole vivante.
« Quand je slame, c’est de la poésie que je dis. Le slam sert la poésie, il est l’un de ses moyens les plus puissants ».
Il est ce souffle brut qui donne aux vers un corps, une vibration, une résonance immédiate.
Et comme l’aède le dit : « la poésie, c’est le cacao. Le slam, c’est le chocolat ».
Le slam ne remplace pas la poésie, il l’amplifie. Il la libère du silence, l’imprègne de rythmes, lui donne la force du cri et la douceur du murmure.
Car il ne faut pas l’oublier : « la poésie est une arme avant d’être un pansement, donc la poésie comme tous les arts est aussi une arme au service du peuple et de l’artiste pour dénoncer, divertir, consoler, renchérir ».
A LIRE AUSSI : Festival Poéticales, top départ pour la 4e édition en novembre
Nin’wlou le sait, et c’est pourquoi il scande avec l’urgence de ceux qui savent que chaque mot peut être une révolution.
Poète primé, slameur accompli, Nin’wlou ne se contente pas d’écrire et de dire. Il transmet.
Depuis son poste à l’École des Poètes, il façonne les voix de demain. Il inspire, encourage, libère les plumes hésitantes.
Car la poésie n’est pas un art solitaire. Elle est un héritage, une mémoire partagée, un combat à plusieurs.
Aujourd’hui, l’École des Poètes célèbre Werewere-Liking, grande dame des lettres africaines.
Un hommage à une plume qui a marqué son époque, à une voix qui a éclairé les consciences.
Mais en ce 21 mars, c’est aussi Nin’wlou Ariel Ménélik que l’on salue. Lui, et tous ceux qui, par leurs mots, changent le monde.
Si la poésie est célébrée aujourd’hui, c’est parce qu’elle a été officiellement reconnue comme un patrimoine universel.
En 1999, lors de la 30ᵉ session de l’UNESCO à Paris, le 21 mars a été proclamé Journée mondiale de la poésie.
Un hommage à cet art millénaire, qui traverse les âges et les frontières, qui unit les peuples par la beauté du verbe.
Nin’wlou en est l’un des gardiens. Un bâtisseur de mots, un architecte du sensible.
« Aimez, faites-vous aimer. Aimez l’art à fond. Soyez libres. Soyez passionnés », dit-il.
Car il n’y a pas de plus beau destin que de devenir poème.
Eirena Etté